Inglourious Basterds ★★★½

Dans un autre temps, j'aurais donné un 4 étoiles et demi avec un coeur. Et même si j'ai toujours reconnu un certain défaut dans Inglourious Basterds, je préférais le balayer de la main. Peut-être que depuis Django Unchained (ou le décès de Sally Menke), c'est le fun qui n'y est plus et l'humain de moins en moins et le cinéma de moins en moins. Once Upon a Time in Hollywood est sans doute le pire pamphlet de ce cinéma devenu typique de Tarantino qui essaie de faire du cinéma une revanche sur l'histoire. C'est une idée géniale et louable, mais ça ne marche pas et j'ai maintenant bien du mal à le défendre dans Inglourious Basterds. Puisque Once Upon a Time et Basterds abordent directement le cinéma comparé à Django et Hateful 8, je vais tenter d'expliquer ce qui ne fonctionne pas pour moi dans ces deux films.

Comme dit dans ma précédente impression de Once Upon a Time, c'est bien beau vanter le cinéma, les réalisateurs, les artisans, mais si je ne sais pas en quoi le cinéma peut sauver l'histoire, je me retrouve comme ce Frederick Zoller devant un spectacle cinématographique dans lequel s'accumule des morts au nom de la violence cathartique (comme se le vante Tarantino). Je pourrais bien sûr me dire que je me retrouve du bon côté de l'histoire et que le film nazi qu'il regarde n'est rien de moins que de la propagande tandis que celui de Tarantino ne l'est pas, mais j'aurais de la misère à me dire en quoi le cinéma que Tarantino me propose me met du côté de l'humanité et d'un devenir pour tout un chacun si lui-même fait presque la même chose que ce réalisateur nazi, Goebbels. Évidemment, contrairement à Once Upon a Time, Tarantino prend le temps de présenter ses personnages qu'ils soient nazi ou pas, ce qui nous permet encore de dire que malgré les conflits et les idéologies, on a encore affaire à des humains avant tout quand bien même certains nazis du film s'attèlent à nous dire que les juifs ne sont pas humains (chose qui n'est pas du tout montrée dans Once parce que Tarantino ne se bat plus avec des humains, mais des symboles et des représentations ou simulacre). Sauf que pour défendre ce point, je dois accepter que le film me présente ce commando des batards comme un modèle ou des héros qui sauvent les juifs et la guerre alors qu'eux aussi considèrent que toute personnes portant un uniforme nazi ne soient pas humain, je dois accepter que Shoshanna, au nom de la vengeance, puisse brûler vif des hommes et des femmes dont nous ne connaissons pas nécessairement ce qu'ils font même s'ils sont théoriquement nazis, je dois accepter des scènes assez problématique comme ce long meurtre de la seule personne qui n'est pas nazi alors que le film faisait quand même attention de ne pas montrer de nouveau la violence perpétrée aux juifs (ou aux alliées ou aux innocents) et que ce long et unique meurtre viscéral soit perpétré d'autant plus à une femme, je dois accepter cette scène qui est sensée nous montrer que la guerre a fait de ces deux êtres amoureux du cinéma des victimes alors que ce Zoller par sa réputation et par cet aura de pouvoir qu'il peut exercer sur les autres ne cesse d'agacer Shoshanna tout en lui imposant tout ce qu'il désire comme si ça allait de soi que ce qu'il fait est généreux (en résumé, c'est du gros harcellement d'un gars qui accepte pas qu'on lui dise non). Or, j'aimerais bien qu'on me dise ce que c'est que d'aimer le cinéma, en quoi il pourrait nous réunir, nous amener plus loin, nous permettre de voir au delà de la complexité du monde ou d'un monde qui impose sa vision comme une vérité unique et totalitaire. J'aimerais d'autant plus que le cinéma se venge de la réalité en nous disant que la réalité se crée, se construit, qu'on le peut imaginer un passé alternatif dans lequel les choses auraient été différentes s'il y avait le cinéma, que le cinéma nous dit de baisser les armes, de prendre soin des uns et des autres, d'aimer, de rêver. Mais, il n'y a rien de tout ça puisque la vengeance de Tarantino est semblable (enfin, presque) à l'idéologie nazie, que ceux qui nous ont fait subir telles choses puissent subir la même chose. Le problème, c'est que le symbole nazi que Tarantino cherche à ne pas faire oublié sur ceux qui oseront le cacher (pour sans doute détourner ce que les nazis ont fait aux Juifs) est encore porté fièrement par des nazis, des néo-nazis et d'autres fiers sympathisant et sûrement d'autres qui se feront recrutés ou qui y croient fermement à la suprématie de la race blanche et de tout manifeste allant dans ce genre. Déjà, en parlant de tout ça, les films idiots de vengeance me manquent, ceux qui disent hypocritement que la vengeance n'engendre que la vengeance, que nous devenons tous des monstres pris dans un cercle vicieux tout en prenant soin de nous faire jouir de cette violence. Car, ici, j'ai affaire à un film qui croit fermement en sa quête de vengeance et qui, croyant avoir fermement raison sur tout et se délaissant de la tâche de dire que l'on devient comme les bourreaux et les monstres, nous impose un projet dans lequel ceux qui ne nous considère pas humain puisse être traité eux aussi comme une autre race. Ce qui, au final, confirme le projet des nazis qui vivent de nos jours, c'est-à-dire qu'il existe bel et bien des races et que celui qui a raison se donne tous les moyens de mettre à exécution son projet.

Je donne généreusement 3 étoiles et demi par nostalgie et parce que j'avoue avoir eu un certain plaisir et parce qu'il y a quand même de beaux moments dans ce film. Pour ce qui est de Once Upon a Time in Hollywood, plus j'y pense, plus je lis les critiques sur ce film que ce soit ici (celle de Maria par exemple dont je suis d'accord en bonne partie) ou celui de Richard Brody et plus je lui retire des étoiles.