Annette

Annette ★★★★

Vu au cinéma.

Avec Annette, Leos Carax met en scène un rêve.

Une folie visuelle de 2h20, une histoire que notre subconscient développe normalement au cours de la nuit. J'avais d'énormes attentes, Annette n'a pas coché toutes les cases, mais s'en sort brillamment quand même.

Je vois déjà les commentaires venir, réprimant Annette pour son statut de comédie musicale. Ca serait dommage, puisque le film n'est justement pas CE genre de comédie musicale, où ils se mettent à danser on sait pas pourquoi. Dans Annette, tout est chanté, mêmes certains dialogues, il n'y a donc aucun choc lorsque l'on passe dans les intermèdes musicaux, qui sont aussi étroitement liés à l'intrigue. Annette ne met donc pas en scène cette hétérogénéité que beaucoup reprochent au genre. Malheureusement, le film se fait un peu déborder par son exercice. La volonté du scénario est de faire dire les dialogues sous forme de chansons. Dans la limite où Carax réalise le film, ça colle très bien : la voix-off, significative de son cinéma, apparaissant comme une introspection des pensées des personnages, est ici chantée. C'est dans les dialogues que le principe même d'Annette rencontre le mur. Les mélodies sont parfois peu convaincantes, le rythme aussi. C'est peut être un peu trop, et la barrière qui délimite chant et parole est peut être trop peu définie : le film se fait déborder par son exercice.

J'étais loin d'avoir une confiance aveugle en Leos Carax. Son Holy Motors m'avait montré qu'il était capable des pires atrocités. Annette n'était pas gagné d'avance. Je n'ai finalement pas eu le temps de m'inquiéter plus que ça, puisque Carax adopte vite un style et une direction scénaristique qui me correspondent un minimum. Le plus intéressant dans ce film, c'est de voir l'approche qu'il prend pour mettre en scène les musique. C'est le deuxième reproche que je peux faire au film : j'ai trouvé les scènes de chansons assez molles. Avant le visionnage, j'avais peur que Carax se laisse trop aller scénaristiquement ; en sortant de la salle, je regrette ce lâché prise qui n'a pas pris forme. J'aurais adoré voir ce lyrisme poignant s'envoler en même temps que les musiques, j'aurais adoré voir ce rêve se modeler sous mes yeux, développant l'irréalisme comme l'aurait fait un David Lynch. On se retrouve souvent avec un simple mouvement de caméra, ou un décor unique qui n'évolue pas. J'aurais juste adoré que les images collent à la puissance de la bande sonore (peut être une question de budget ?). En tout cas, ces déceptions n'apparaissent que lorsque que l'on regarde Annette à la loupe. Car lorsque que l'on adopte cet œil global, ce regard éloigné sur l'ensemble de l'œuvre, c'est un objet plastiquement magnifique qui nous apparait.

Cours paragraphe sur le duo Driver/Cotillard, chacun au sommet. Commencez pas avec Cotillard c'est une actrice gigantesque.

La plus belle ouverture au plus beau festival, le contrat est respecté.

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