Magnolia ★★★½

Oooooh... quelle déception! Enfin, j'ai quand même aimé, mais il n'y a pas beaucoup de films qui ont compté autant dans ma vie que celui-là (non, ça n'avait rien à voir avec vous-savez-qui) et jusqu'à très récemment j'aurais mis sans hésiter toutes les étoiles et les cœurs possibles. La dernière fois que je l'ai vu (il y a deux ans à peu près), je commençais déjà à avoir des doutes, et je me demandais pourquoi j'aimais autant ce film que je devrais détester: c'est si hystérique, lourd, prétentieux, un film de petit malin et Dieu sait que je hais les films de petit malin, où t'es supposé de trouver ça génial de découvrir qu'un type dans l'audience d'une émission de télé brandit une pancarte biblique qui renvoie à la fin du film (comme le fait d'aduler Kubrick parce qu'il se préoccupe jusqu'aux numéros de porte d'hôtel - câlisse que c'est pas ça qui fait un bon film, les numéros de porte d'hôtel).

Mais là, j'ai envie de demander: t'es où, toi, dans ce film, PTA? Parce que disons que c'est un film sur des enfants sans amour qui éprouvent le besoin de performer (au travail, devant les caméras) pour rechercher ailleurs l'amour qu'ils n'ont pas, pour se refaire une vie publique qui cache une vie privée en lambeaux (si c'est pas un film sur Tom Cruise, je sais pas c'est quoi un film sur Tom Cruise), et du coup PTA en fait autant dans sa mise en scène, très performative justement, plein d'épate, les acteurs aussi sont dans le même mode, et je me demande sérieusement où il se situe par rapport à tout ça. Je n'ai pas l'impression qu'il a quelque chose à cacher, lui, qu'il s'identifie à ses personnages, il semble plus près du humble narrateur BarryLyndonesque qui ouvre le film, mais c'est pas une bonne position à avoir face à ces personnages. En même temps, il n'y a pas d'ironie dans ce film à part chez ce narrateur, alors c'est un peu bizarre.

Je sais qu'il était dans le temps avec Fiona Apple, que le film lui est dédié, qu'on voit une de ses toiles dans le film, mais les femmes ici sont tellement moches, de pures victimes condamnées à l'hystérie à cause des méchants mâles qui veulent juste performer pour être des meilleurs mâles, et le dernier plan que je trouvais si beau auparavant est assez pathétique: une femme détruite par son père, incapable de se prendre en mains, se fait sauver par un homme, pendant qu'Aimee Mann chante Save Me. C'est tellement le contraire de tout ce que représente Fiona Apple...

Mais disons que je sais où se trouve PTA cinéphiliquement, et c'est la belle idée du film: ces perfomances qui coupent du monde, c'est l'héritage de Scorsese, qui était là à fond dans Boogie Nights, et tout se joue comme si PTA tentait de se délivrer de cette influence d'un "mauvais" père (pas qu'il est mauvais, Scorsese, mais PTA veut retrouver le monde que les personnages de Scorsese nient) en allant chercher un autre père, Altman, qui vient montrer les connexions entre les êtres, les obligeant ainsi à reconnaître l'existence des uns et des autres. Ça, je trouve ça très fort, mais il reste que je me demande où PTA se trouve, humainement, et j'ai la bizarre impression qu'il ne comprends pas ce qu'il filme, qu'il pousse ses personnages vers une résolution trop facile, comme s'il leur disait, dans son humble opinion: "regardez, vous avez juste à vous aimer pis à vous parler, c'est vraiment pas compliqué!" Mais maudit que c'est compliqué, ça, PTA, faque je suis pas sûr pantoute que tu sais de quoi tu parles, et que t'es vraiment capable de renouer avec ce monde négligé. (Oui, d'un point de vue scénaristique, ce serait faux, c'est difficile pour ces personnages de parler et de pardonner, on a même droit a un gros speech sur la difficulté de pardonner, mais justement : on a un discours sur ça, aucune action. Tout le film me semble être un tel exposé théorique sur ses propres enjeux, une démonstration, plus qu'un drame vécu. Ce qui ne serait pas si grave si le film ne se donnait pas les allures d'un drame vécu.)

En tout cas, j'ai pas détesté, mais faudrait pas que je le revoie prochainement, je pense que dorénavant la note ne peut que baisser.