Parasite

Parasite ★★★

Bon. Par où commencer ? Peut-être en évoquant le dernier tiers du film, que beaucoup d’observateurs ont décrié, mais qui me semble constituer le faîte technique de l’œuvre, le faîte du travail de montage en tout cas, avec ses deux séquences magistrales de course au ram-don et de colère prolétaire grimpante. C’est là aussi où la maison bourgeoise, plutôt que de constituer un simple terrain de jeu, revêt finalement un caractère proprement carcéral. Malheureusement, et c’est là où le bât blesse, le scénario s’abîme complètement dans une scène de confrontation finale incongrue et extrêmement décevante, où on poignarde les méchants de façon apologétique, où les pauvres cassent du pauvre et finissent dans leurs taudis à rêver de richesses.

Certes, c’est dans le pessimisme que réside la critique sociale de Bong Joon-ho, qui ouvre et clôt son film sur le même plan afin d’évoquer l’inexorabilité du statu quo, mais l'ensemble se révèle conséquemment anti-cathartique pour le spectateur, qui en tire finalement trop peu de plaisir. La mise en scène est somptueuse, et elle en constitue en cela une certaine source de plaisir, mais elle est souvent trop littérale pour son propre bien, comme dans cette lancinante métaphore de métaphore de « l’échelle sociale » qui se traduit ici par l’utilisation de 14 000 travellings verticaux. Et le scénario est lacunaire, malgré de nombreux éclairs de génie, car il ne se donne plus nulle part où aller une fois la substitution des serviteurs complétée. Au final, Parasite reste une bien belle expérience de cinéma, mais j’ai trop de réserves à son égard pour participer au dithyrambe généralisé.

J’ajouterai qu’il me semble bien complaisant pour deux jurys cannois consécutifs d’accorder la Palme d’Or à des récits de petites familles truandes aussi peu virulents à l’égard de la bourgeoisie. Un geste politique mou, il me semble, pour un festival où le glamour jugule nécessairement la conscience de classes…